Pourquoi représenter un "Je" Mao Zedong ?

Publié le par Jurek

"Je" peut être attribué à tout vivant, faune ou flore. Une plante ou un arbre vivent leur vie même si nous les réduisons en divertissement personnel. Le merle ou le chat ne sont pas des machines cartésiennes qui passent leur temps à remuer de manière insensée. L'un et l'autre ont vocation à soumettre la Terre et à en faire leur chose même si leur chemin est sérieusement barré par notre succès.

Dans cet article nous ne prenons en compte que le "Je" humain. Il y a en ce moment, au moins 6,5 milliards de "Je".

Pourquoi parler d'un "Je"? C'est une notion centrale de l'éthologie transcendantale et il faut pour cela se reporter aux articles qui traitent de ce sujet de manière plus approfondie. Dans le cas que nous traitons, il suffit de dire que si l'on se situe dans le référentiel total de la science où la durée va de -13,5 milliards d'années jusqu'à au moins ce même chiffre et où la dimension, connue aujourd'hui, commence à 10 puissance moins 30 mètres et évolue vers des trillards de trillards de trillards de soleils, le vivant, connu de nous, n'occupe qu'une couche infinitésimale et à l'intérieur de ce vivant tous les "Je" - une plante, un animal ou un humain - ont immensément plus de points commun que de différences dans le fait qu'ils apparaissent à un moment par la rencontre d'une cellule femelle et d'une cellule mâle, qu'ils visent l'éternité par la nourriture et la reproduction et qu'ils finissent par se décomposer en leurs parties infinitésimale.

Revenons donc au portrait qui nous intéresse.

Pourquoi y t i il un tableau représentant un "Je" au dessus de la Porte d'entrée de la Cité Interdite et pourquoi des humains représentent-ils l'un des leurs de manière remarquable c'est à dire qu'il n'y a que lui qui est représenté et que tout le monde le (re)connaît.

Pour répondre à cette question, cantonnons-nous à la France et à la Chine en tant qu'entités physiques bien circonscrites. Supposons qu'un "Je" ait la possibilité de faire le tour de la Terre à pied en marchant sans cesse devant lui de manière à se retrouver un jour à son point de départ. Supposons également que la ligne droite qu'il emprunte lui permette de passer entre autres pays par la France et par la Chine.

Donc il avance. Voilà une frontière - chinoise - avec des douaniers qui vérifient ses papiers d'identité et son autorisation d'entrer dans l'espace chinois. La langue est chinoise, les moeurs , les gens, les villes et même la nature sont chinoises. Il ne s'arrête pas et un jour, le voici à la sortie et il se trouve en Russie, où de nouveau tout est russe. Enfin, il parvient en France et vous devinez ce qui arrive: tout est français.

Ce voyage, tout "Je" peut le réaliser. Certes chaque "Je" étant paru et ayant vécu à un endroit matériel précis vivra l'étrangeté des autres chez les autres. Cela c'est un déplacement dans l'espace libre, celui que tout "Je" peut emprunter.

Mais supposons maintenant que ce "Je" souhaite ne dévier pour aucune raison du déplacement en ligne droite qu'il s'est donné. Indépendamment des obstacles géographiques, il devra traverser des "propriétés" immobilières ou agricoles. Des immeubles appartiendront à un autre "Je" ou bien à un ensemble de "Je". En général il faudra se référer à un "Je" représentant un groupe de "Je".

Le "Je" que l'on représente est donc un "Je" délégué d'un ensemble de "Je" qui représente tout un pays. C'est pourquoi, tous les "Je" de Chine connaissent le "Je" Mao Zedong alors que bien peu d'entre eux l'ont fréquenté comme ils ont fréquenté leurs parents ou leurs amis. Le "Je" Mao Zedong a la même consistance que le pays "Chine". C'est comme cela que vivent les humains. Il n'empèche que le "Je" Mao Zedong au temps où il vivait était en lui même un "Je' comme vous ou moi. Mais ce n'est pas ce "Je" identique au "Je" que je suis qui fait face à la place Tien Anmen.

Ce "Je" est lié à la manière dont les "Je" vivent. Il n'y a de vivants qu'en groupe. On ne connaît aucun vivant dont l'espèce ne comporte qu'un individu. La particularité de l'espèce humaine est qu'elle tend a créer des groupes de plus en plus vastes au fur et à mesure où sa population augmente et la spécificité d'un groupe est qu'il y a un "Je" attaché à ce groupe. Un "Je" appartient à un nombre important de groupes des plus informels aux plus formalisés. Dès qu'un groupe est formalisé, il un "Je" qui lui est attaché.

Dans l'absolu, il n'y a pas de différence entre le  "Je " Mao Zedong et le "Je" que nous sommes chacun sauf que lui il est attaché au groupe Chine alors que nous ne sommes attachés qu'à des tous petits groupes et lorsque ce "Je" et notre "Je" entre en interaction ce sont les groupes qui prennent le pas en fonction de leur importance et qui déterminent qui s'agenouille devant qui.

Mais pour pousser le solipsisme à son extrème, étant donné le réferentiel cité au tout début de cet article les deux "Je" sont identiques, ce sont des "mêmes".

Voilà donc l'avantage d'avoir adopté le notion de "Je": c'est le même "Je" qui rend hommage et qui reçoit l'hommage.

Publié dans 12chinois

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